5 start-up à connaitre dans le transport autonome et les nouvelles mobilités intelligentes

5 start-up à connaitre dans le transport autonome et les nouvelles mobilités intelligentes

Transport autonome, robotaxis, camions sans chauffeur, navettes partagées… Le sujet fait les gros titres, mais derrière les annonces spectaculaires, quelques start-up sont en train de structurer un véritable marché, avec des modèles économiques solides et des partenariats industriels lourds. Pour un dirigeant, un investisseur ou un responsable de collectivité, l’enjeu n’est plus de se demander si ces technologies vont s’imposer, mais comment et avec qui.

Dans cet article, nous allons passer en revue 5 start-up à suivre de près dans le transport autonome et les nouvelles mobilités intelligentes. Objectif : comprendre ce qui fait leur avantage compétitif, leurs modèles de revenus, et ce que vous pouvez en tirer pour votre propre stratégie.

Le contexte : pourquoi le transport autonome change de phase

Pendant des années, le véhicule autonome a surtout été un sujet de R&D et de communication. Depuis 2022–2024, on observe un basculement vers des déploiements commerciaux encadrés :

  • Amérique du Nord : robotaxis en service commercial limité dans plusieurs villes américaines (tests et pilotes encadrés).
  • Europe : accélération des navettes autonomes de courte distance (sites privés, zones urbaines définies, parcs d’affaires, aéroports).
  • Asie : la Chine teste à grande échelle des services de robotaxis et de logistique autonome dans plusieurs métropoles.

Les enjeux business sont clairs :

  • Réduction de coûts sur la main-d’œuvre conduite (jusqu’à 40–50 % du coût d’un trajet dans certains modèles de mobilité partagée).
  • Optimisation opérationnelle (meilleure utilisation des flottes, planification en temps réel, baisse des accidents et des temps morts).
  • Nouveaux services : mobilité à la demande, logistique fine du dernier kilomètre, navettes sur mesure pour entreprises et campus, etc.

Les 5 start-up ci-dessous illustrent chacune une approche différente : optimisation logicielle, focalisation sur le fret, spécialisation B2B, ancrage local, ou intégration verticale.

Wayve – L’intelligence artificielle « end-to-end » pour véhicules autonomes

Pays : Royaume-Uni – Segment : logiciels de conduite autonome

Wayve se distingue par son approche technologique : au lieu de multiplier les règles programmées et les capteurs spécialisés, la start-up mise sur une IA « end-to-end » capable d’apprendre à conduire comme un humain à partir de données vidéo massives.

Autrement dit, au lieu de coder explicitement « si feu rouge alors arrêt », le système apprend par observation, un peu comme un conducteur débutant formé par l’expérience. Cette approche, inspirée des grands modèles d’IA, vise à :

  • Réduire la complexité logicielle (moins de code spécifique, plus de généralisation).
  • Accélérer le déploiement dans des environnements variés (villes différentes, conditions météo changeantes).
  • Scalabilité : un même modèle adaptable à plusieurs types de véhicules (voitures particulières, utilitaires, flottes de livraison).

Wayve ne cherche pas à devenir constructeur. Son modèle repose sur des partenariats avec des OEM et des flottes (constructeurs, loueurs, acteurs de la logistique urbaine). Pour un dirigeant de flotte ou un industriel, la question clé est : comment intégrer ce « cerveau logiciel » dans des véhicules existants sans exploser les coûts ?

Enseignement business : Wayve illustre le modèle « software first » dans l’auto. Plutôt que développer un véhicule autonome complet, vous pouvez :

  • Vous positionner comme fournisseur de brique logicielle spécialisée (IA, simulation, supervision).
  • Nouer des accords de co-développement avec des constructeurs ou équipementiers déjà en place.
  • Vous concentrer sur un cas d’usage précis (livraison, navette d’entreprise, utilitaire partagé) et laisser le hardware à d’autres.

Einride – Les camions électriques autonomes pour la logistique

Pays : Suède – Segment : fret routier autonome et électrique

Einride s’attaque au cœur du coût logistique : le transport de marchandises. Son approche repose sur trois piliers :

  • Des camions 100 % électriques (réduction des émissions et coûts énergie à moyen terme).
  • Une capacité autonome croissante (dans des environnements contrôlés, puis sur routes définies).
  • Une plateforme logicielle pour planifier, suivre et optimiser les flux.

La start-up a déjà signé des partenariats avec de grands groupes industriels et de distribution (notamment dans l’agroalimentaire et le retail), avec un positionnement intéressant : elle ne vend pas seulement des camions, elle propose un service complet de transport-as-a-service.

Concrètement, un chargeur ou un industriel peut externaliser une partie de sa logistique à Einride, qui fournit :

  • Les véhicules (propriété ou location longue durée).
  • Les outils de pilotage (plateforme de gestion, tracking).
  • La compétence d’optimisation des tournées et d’intégration IT.

Enseignement business : Einride montre qu’une innovation de rupture est plus facile à vendre sous forme de service intégré que comme un simple produit high-tech. Trois questions à se poser si vous innovez dans la mobilité :

  • Pouvez-vous transformer votre solution en offre “as-a-service” plutôt qu’en produit unique ?
  • Pouvez-vous vous engager sur des KPIs opérationnels (coût au km, taux de service, réduction CO₂) plutôt que sur des caractéristiques techniques ?
  • Pouvez-vous mutualiser plusieurs briques (véhicule, logiciel, data, maintenance) pour augmenter vos barrières à l’entrée ?

May Mobility – Les navettes autonomes au service des villes et des entreprises

Pays : États-Unis – Segment : navettes autonomes en milieu urbain et sur sites privés

May Mobility s’est spécialisée sur un créneau souvent sous-estimé : les navettes autonomes de courte distance, typiquement :

  • Navettes de centre-ville (desserte de gares, parkings, quartiers d’affaires).
  • Transports internes sur sites fermés (campus, usines, hôpitaux, zones logistiques).
  • Liaisons “premier et dernier kilomètre” pour compléter les transports publics.

Plutôt que de viser immédiatement la voiture autonome grand public, la start-up se concentre sur des corridors bien définis, avec une complexité réduite (vitesse limitée, itinéraires fixes ou semi-fixes, zones géofencées).

Modèle économique :

  • Contrats avec des collectivités pour opérer des lignes de navettes.
  • Partenariats avec des entreprises privées pour le transport de salariés ou de visiteurs sur site.
  • Revenus récurrents via un modèle d’exploitation de flotte, plus proche d’un opérateur de transport que d’un simple fournisseur de technologie.

Pour une entreprise disposant d’un site étendu (parc industriel, plateforme logistique, campus tertiaire), ce type de solution peut devenir un levier très concret :

  • Réduction du temps perdu en déplacements internes.
  • Amélioration de l’accessibilité du site (attractivité RH, inclusion).
  • Image d’innovation, surtout dans les secteurs en tension de recrutement.

Enseignement business : le « full autonome partout » est encore loin. Mais les cas d’usage ciblés, sur des périmètres maîtrisés, sont déjà viables. C’est un point clé si vous êtes :

  • Une collectivité : identifiez des zones test limitées (ZAC, campus, zones piétonnes étendues).
  • Une grande entreprise : ciblez un site pilote avec un enjeu fort de mobilité interne.
  • Un entrepreneur : spécialisez-vous sur une niche très précise plutôt que de viser « la voiture autonome » de manière générique.

Navya – La leçon d’une pionnière française des navettes autonomes

Pays : France – Segment : navettes autonomes électriques

Navya a été l’une des pionnières mondiales des navettes autonomes, avec des déploiements en Europe, aux États-Unis et au Moyen-Orient. L’entreprise a développé une plateforme de navettes électriques dédiées aux transports collectifs sur de courtes distances.

Mais l’histoire de Navya, marquée par des difficultés financières et une procédure de redressement en 2023, est tout aussi instructive que ses succès techniques. Elle met en lumière plusieurs points clés :

  • Un time-to-market très long dans un secteur où la réglementation, l’acceptabilité sociale et les infrastructures avancent lentement.
  • Un capex lourd (développement de véhicules physiques, usines, tests) pour un marché encore naissant.
  • Un besoin constant de capitaux importants face à des acteurs technologiques et industriels géants.

Pour autant, les navettes Navya ont permis de :

  • Tester des formes nouvelles de transport public à la demande.
  • Valider des scénarios d’usage dans des zones périurbaines ou sur des sites privés.
  • Structurer un écosystème français et européen autour du véhicule autonome.

Enseignement business : Navya rappelle une réalité souvent occultée dans les discours sur la deeptech :

  • La technologie seule ne suffit pas : il faut un modèle de financement réaliste face à des cycles longs.
  • Dans un secteur aussi capitalistique, les alliances industrielles fortes (constructeurs, grands équipementiers, opérateurs de transport) sont vitales dès le début.
  • Pour une PME ou une ETI, il peut être plus pertinent de se positionner sur des briques ciblées (capteurs, logiciel, intégration, maintenance) plutôt que sur un véhicule complet.

Pony.ai – Les robotaxis entre Chine et États-Unis

Pays : Chine / États-Unis – Segment : robotaxis et conduite autonome

Pony.ai fait partie des acteurs les plus avancés dans le déploiement de services de robotaxis, principalement en Chine, avec des pilotes également en Amérique du Nord. Son modèle :

  • Développer un système de conduite autonome pour des véhicules de série.
  • Opérer des services de robotaxis en partenariat avec constructeurs et villes.
  • Explorer la logistique autonome (livraison, petits utilitaires).

Dans plusieurs villes chinoises, les usagers peuvent déjà utiliser des applications mobiles pour commander un taxi autonome sur certaines zones. Le service reste encadré (zones géographiques, conditions météo, supervision humaine), mais il constitue un indicateur fort de la maturité de la technologie et de la volonté politique d’avancer rapidement.

Pour les entreprises occidentales, l’intérêt de suivre Pony.ai n’est pas seulement technologique. C’est aussi un baromètre géopolitique et concurrentiel :

  • Accélération du déploiement en Asie sur des cas d’usage à grande échelle.
  • Concurrence directe avec les acteurs américains sur l’IA de conduite.
  • Potentiel de standardisation de certains protocoles ou interfaces techniques à partir d’écosystèmes asiatiques.

Enseignement business : ignorer ce qui se passe en Chine sur le transport autonome revient à regarder seulement la moitié du marché. Quelques pistes pour dirigeants et investisseurs européens :

  • Intégrer une veille structurée sur les acteurs chinois (partenariats, normes, types de déploiements).
  • Évaluer les risques de dépendance technologique à moyen terme sur certaines briques logicielles.
  • Identifier des créneaux de différenciation : qualité de service, protection des données, intégration avec les transports publics, spécificités réglementaires européennes.

Ce que ces 5 start-up nous disent de l’avenir des mobilités

Derrière la diversité des modèles (logistique, robotaxis, navettes, logiciel), les 5 start-up analysées convergent sur plusieurs dynamiques de fond. Pour un décideur, ces dynamiques sont des signaux stratégiques à intégrer dans les 3 à 5 prochaines années.

1. Le logiciel devient le cœur de valeur du véhicule

Que ce soit Wayve ou Pony.ai, la valeur se concentre de plus en plus sur la stack logicielle de conduite, la gestion de flotte, la data, la connectivité. Pour les acteurs traditionnels :

  • Les constructeurs automobiles doivent faire évoluer leur modèle vers un mélange hardware + software + services.
  • Les opérateurs de transport et logisticiens doivent renforcer leurs compétences en data et IT pour garder la maîtrise de leurs opérations.

2. Le “tout autonome partout” laisse la place aux cas d’usage ciblés

May Mobility et Navya illustrent une vérité opérationnelle : il est plus simple de faire rouler une navette autonome sur un trajet fixe à 25 km/h que de gérer une voiture autonome en centre-ville dense et imprévisible.

Pour structurer une feuille de route :

  • Identifiez les couloirs de mobilité les plus simples à automatiser (zones logistiques, sites privés, liaisons courtes).
  • Séquencez vos projets en pilotes successifs avec montée en complexité progressive.

3. Le modèle “mobilité-as-a-service” s’impose

Einride en est un bon exemple : vendre un véhicule autonome seul est difficile. Vendre un service de transport complet, avec engagement de résultat, est beaucoup plus lisible pour un client.

Pour les start-up et innovateurs :

  • Réfléchissez en termes de coût total pour le client (TCO, coût au km, coût par colis transporté), pas seulement de prix d’achat.
  • Concevez vos offres pour générer des revenus récurrents (abonnements, exploitation, maintenance, data).

4. Les alliances seront déterminantes

Aucun acteur, aussi innovant soit-il, ne peut maîtriser à lui seul véhicule, logiciel, infrastructure, réglementation, maintenance. Les 5 start-up citées ont toutes multiplié les partenariats (constructeurs, collectivités, opérateurs de transport, grands groupes).

Pour les dirigeants :

  • Cartographiez les acteurs clés de votre écosystème (transport, énergie, télécoms, IT, urbanisme).
  • Identifiez où vous voulez être : intégrateur, fournisseur de brique, opérateur, financeur.
  • Négociez des partenariats qui sécurisent à la fois la technologie et l’accès au marché.

Checklist pratique pour passer de l’analyse à l’action

Pour terminer, voici une checklist opérationnelle pour dirigeants, managers et créateurs d’entreprise souhaitant se positionner sur le transport autonome ou les nouvelles mobilités intelligentes.

  • 1. Clarifier votre rôle cible
    Voulez-vous être :
    • Opérateur de services (navettes, robotaxis, logistique autonome) ?
    • Fournisseur de technologie (logiciels, capteurs, plateformes de gestion) ?
    • Intégrateur de solutions sur des sites ou territoires spécifiques ?
  • 2. Choisir un cas d’usage prioritaire
    Exemple de niches réalistes à court terme :
    • Navette autonome sur site privé (usine, campus, zone logistique).
    • Transport interne sur un parc d’activités ou un parc d’expos.
    • Optimisation d’une flotte de livraison existante avec des briques d’autonomie partielle (aide à la conduite, supervision intelligente).
  • 3. Évaluer la maturité technologique et réglementaire locale
    • Quel est le cadre réglementaire de votre pays ou région pour l’autonomie (tests, homologations, responsabilités) ?
    • Quels projets pilotes ont déjà été lancés à proximité ? Avec quels résultats ?
    • Quelles autorités (municipalité, région, État) peuvent être sponsors ou freins ?
  • 4. Construire un business case chiffré
    • Coût actuel de la mobilité ou du transport ciblé (main-d’œuvre, carburant, temps perdu, accidents).
    • Coûts d’investissement et d’exploitation d’une solution autonome ou semi-autonome.
    • Horizon de retour sur investissement réaliste (5, 7, 10 ans ?) en intégrant les incertitudes.
  • 5. Sélectionner des partenaires stratégiques
    • Start-up technologiques locales ou internationales (comme celles évoquées dans cet article).
    • Constructeurs, opérateurs de transport, intégrateurs IT.
    • Universités, pôles de compétitivité, incubateurs spécialisés mobilité.
  • 6. Lancer un pilote encadré
    • Définir un périmètre restreint, des objectifs précis (coût, temps, satisfaction usagers).
    • Mettre en place des indicateurs de performance et un dispositif d’évaluation.
    • Prévoir dès le départ la phase de passage à l’échelle en cas de succès.

Les start-up comme Wayve, Einride, May Mobility, Navya ou Pony.ai ne sont pas seulement des curiosités technologiques. Elles préfigurent des modèles économiques, des alliances industrielles et des usages quotidiens qui vont redessiner la logistique, le transport public et la mobilité des salariés.

La bonne approche n’est ni l’enthousiasme naïf ni le scepticisme systématique, mais une analyse froide et orientée action : où ces innovations peuvent-elles, concrètement, améliorer vos coûts, votre attractivité et votre positionnement dans les cinq prochaines années ? C’est à cette question qu’il faut désormais répondre, secteur par secteur, site par site.