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Les nouveaux géants du numérique français et leur impact sur le tissu économique local pour les territoires et les emplois

Les nouveaux géants du numérique français et leur impact sur le tissu économique local pour les territoires et les emplois

Les nouveaux géants du numérique français et leur impact sur le tissu économique local pour les territoires et les emplois

En une décennie, la France est passée d’un pays “en retard sur le numérique” à un écosystème capable de faire émerger des entreprises valorisées plusieurs milliards d’euros, présentes à l’international et employant des milliers de personnes. Ces nouveaux géants du numérique – Doctolib, Back Market, Mirakl, Qonto, ManoMano, OVHcloud, BlaBlaCar, contentsquare et quelques autres – ne transforment pas seulement la tech française : ils redessinent aussi le tissu économique local, les bassins d’emploi et les équilibres territoriaux.

Pour un dirigeant, un élu local ou un responsable de cluster, la vraie question n’est pas de savoir si ces géants sont une “bonne nouvelle” abstraite pour la French Tech, mais : que changent-ils concrètement pour mon territoire, mes équipes, mes fournisseurs, mes concurrents ? Et surtout : comment s’en servir comme levier plutôt que de les subir ?

Nouveaux géants du numérique français : de qui parle-t-on ?

On peut définir ces “nouveaux géants” comme des entreprises :

Quelques repères chiffrés (données publiques 2023–2024) :

On peut y ajouter des acteurs comme BlaBlaCar, Deezer, ManoMano, Ivalua, Shift Technology, Believe… La plupart figurent dans des programmes comme le Next40 ou le French Tech 120, indicateurs utiles pour repérer ceux qui atteignent une taille critique.

À retenir : ces entreprises ne sont plus des “start-up” au sens classique, mais des scale-ups industrielles qui produisent un effet massif sur leur environnement : emploi qualifié, sous-traitance, immobilier d’entreprise, attractivité étudiante et même identité du territoire.

Un impact direct sur l’emploi local

Les nouveaux géants du numérique créent certes des emplois à Paris, mais pas seulement. Selon la Mission French Tech, l’écosystème French Tech représenterait plus de 1,1 million d’emplois directs et indirects. Quand un géant du numérique se développe, il entraîne mécaniquement : recrutements massifs, montée en compétences, et redistribution des cartes sur le marché du travail local.

Trois effets se combinent.

1. Création d’emplois directs qualifiés

Doctolib, par exemple, a ouvert des bureaux commerciaux dans de nombreuses métropoles pour être au plus près des cabinets médicaux et établissements de santé. Résultat : des dizaines d’emplois créés dans des villes moyennes qui n’avaient pas forcément l’habitude d’accueillir des scale-ups.

2. Emplois indirects et “halo” économique

Un acteur comme OVHcloud ne se contente pas d’employer des ingénieurs à Roubaix ou Gravelines :

Chaque emploi direct dans une grande entreprise technologique peut générer 1,5 à 3 emplois indirects selon les études sectorielles (services, logistique, prestations intellectuelles, restauration, etc.).

3. Reconfiguration du marché du travail local

Quand un géant numérique s’installe ou se développe fortement sur un territoire :

À Lyon, Nantes ou Lille, de nombreux dirigeants de PME industrielles ou de services témoignent d’une difficulté accrue à recruter des développeurs ou des chefs de projet IT depuis l’arrivée de grands acteurs numériques locaux ou de bureaux régionaux d’ETI tech.

Question à se poser pour un dirigeant local : suis-je prêt à affronter cette concurrence sur les talents (salaires, télétravail, flexibilité, marque employeur), ou dois-je revoir ma stratégie RH pour en faire une opportunité (partenariats, alternance, co-formation) ?

Transformation du tissu économique des territoires

L’impact ne se limite pas aux emplois. Ces géants jouent un rôle de structuration économique autour d’eux, comparable à celui qu’ont eu, en leur temps, les grandes usines industrielles ou les sièges de banques régionales.

1. Effet “cluster” et émergence de quartiers numériques

Quelques exemples parlants :

Ces clusters facilitent les collaborations inter-entreprises et la circulation des compétences, mais créent aussi une forme de dépendance : le territoire se spécialise davantage, avec les opportunités et les vulnérabilités que cela implique.

2. Réinvention de secteurs traditionnels

Les nouveaux géants ne vivent pas en vase clos : ils bousculent des secteurs établis.

Pour un territoire, la question devient stratégique : suis-je en train d’accueillir un acteur qui va accélérer la montée en gamme de mes filières existantes, ou bien un concurrent frontal qui va affaiblir mes acteurs historiques ? Dans la plupart des cas, c’est un mélange des deux.

3. Immobilier d’entreprise et aménagement urbain

L’implantation de plusieurs centaines de salariés dans un quartier a des conséquences rapides :

À Bordeaux, par exemple, l’arrivée massive d’entreprises numériques et de bureaux régionaux de scale-ups a contribué à la hausse des loyers, alimentant des débats politiques sur la gentrification et la cohabitation avec les activités traditionnelles.

Risques et effets pervers à anticiper

Les nouveaux géants du numérique ne sont pas une baguette magique pour le développement local. Ils peuvent aussi générer des déséquilibres si le territoire ne pilote pas ces mutations.

1. Dépendance excessive à un seul acteur

Un territoire qui mise tout sur un champion local s’expose à un risque évident : changement de stratégie, fermeture d’un site, rachat par un groupe étranger, crise sectorielle. Les exemples ne manquent pas dans l’industrie ; la tech n’y échappe pas.

2. Tensions salariales et fuite de talents

Quand un géant numérique arrive, il peut proposer :

Résultat : les PME/TPE et même certaines ETI peinent à recruter ou voient partir leurs meilleurs profils. Sans action de leur part (formation interne, marque employeur, organisation du travail), la fracture se creuse.

3. Uniformisation et fragilisation du tissu de petites entreprises

Les marketplaces (Mirakl, ManoMano) ou plateformes (Back Market) peuvent :

Pour les commerces, ateliers de réparation, artisans, cette dépendance peut devenir un problème si les conditions changent (algorithmes, commissions, priorisation de certains vendeurs).

Comment les entreprises locales peuvent s’adosser à ces champions ?

Pour un dirigeant de PME ou d’ETI, la bonne approche n’est ni l’enthousiasme naïf ni la défiance systématique. Il s’agit de se positionner intelligemment dans la chaîne de valeur de ces géants.

1. Devenir fournisseur ou partenaire ciblé

Identifier où votre entreprise peut intervenir :

Action concrète : cartographiez les 5 à 10 géants numériques ayant déjà une présence ou un potentiel d’implantation dans votre région, et analysez systématiquement :

Sur cette base, construisez 1 ou 2 propositions de valeur très ciblées pour entrer en contact (pilote, POC, co-développement).

2. Utiliser leurs solutions pour accélérer sa propre transformation

Les nouveaux géants vendent souvent aux entreprises locales :

L’enjeu est de ne pas les considérer comme “la concurrence de la banque d’en face” ou “un gadget de start-up”, mais comme des briques possibles de votre architecture opérationnelle. La vraie question : quels processus internes (facturation, prospection, service client, maintenance) pourraient gagner 20 à 30 % de productivité grâce à leurs outils ?

3. Co-investir dans les compétences

Plutôt que de subir la concurrence sur les talents, de plus en plus d’entreprises régionales :

Le bénéfice : sécuriser un flux de profils formés aux technologies les plus récentes, sans devoir systématiquement surenchérir sur les salaires.

Le rôle des collectivités et des acteurs publics

Les collectivités ne sont plus de simples “hébergeurs” de zones d’activités. Elles deviennent des architectes d’écosystèmes numériques locaux.

1. Piloter l’implantation plutôt que la subir

Un territoire attractif pour les géants du numérique doit :

L’enjeu n’est pas seulement de “faire venir” une scale-up, mais de :

2. Mettre la formation au centre du jeu

La vraie ressource critique pour ces géants, ce sont les compétences. Les métropoles qui tirent leur épingle du jeu sont celles qui :

Pour un élu ou un responsable de région, la question-clé est simple : combien de diplômés opérationnels dans les métiers du numérique mon territoire est-il capable de produire chaque année, et comment ce chiffre va-t-il évoluer sur 3 à 5 ans ?

3. Favoriser les liens entre grands acteurs numériques et PME locales

Cela peut passer par :

Objectif : faire des nouveaux géants un levier d’entraînement pour la base du tissu économique local, plutôt qu’un îlot déconnecté.

Checklist opérationnelle pour dirigeants et territoires

Pour passer de l’analyse à l’action, voici une checklist synthétique.

Pour les dirigeants de PME/ETI

Pour les élus et responsables de développement économique

À retenir : les nouveaux géants du numérique français ne sont ni des sauveurs providentiels ni des menaces inéluctables. Ils sont des accélérateurs. Là où le territoire et les dirigeants d’entreprises savent se positionner, ils deviennent des leviers puissants de montée en gamme, de diversification et d’emploi qualifié. Là où l’on reste passif, ils accentuent les déséquilibres existants et fragilisent les acteurs les moins préparés.

La question n’est donc pas “faut-il plus ou moins de géants du numérique en France ?”, mais : comment organiser mon entreprise et mon territoire pour que leur croissance devienne aussi la mienne ?

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