Les impacts économiques de la transition énergétique sur les pme et les tpe en france

Les impacts économiques de la transition énergétique sur les pme et les tpe en france

En France, 99,8 % des entreprises sont des TPE et des PME. Autrement dit, la transition énergétique ne concerne pas “les autres” : elle va impacter directement vos coûts, vos marges, vos investissements et votre capacité à gagner ou perdre des marchés dans les 5 à 10 prochaines années.

Entre les hausses de prix de l’énergie, les nouvelles réglementations (décret tertiaire, ZFE, taxonomie européenne, audits énergétiques) et les attentes croissantes des donneurs d’ordres, la question n’est plus : “Faut-il s’y mettre ?”, mais “Comment ne pas se faire distancer ?”.

Dans cet article, je vous propose une lecture très business de la transition énergétique : quelles sont les conséquences économiques concrètes pour les TPE/PME en France, secteur par secteur, et surtout quels leviers activer pour transformer cette contrainte en avantage compétitif.

Un contexte énergétique qui change la donne pour les petites entreprises

Depuis 2021, la facture énergétique des entreprises françaises a connu des variations fortes, avec des hausses parfois supérieures à 50 % pour l’électricité et le gaz sur certains contrats. Même si les prix se sont en partie stabilisés, plusieurs tendances lourdes restent là :

  • Volatilité durable des prix de l’énergie sur les marchés européens.
  • Renforcement des normes environnementales (européennes et françaises).
  • Pression croissante des clients grands comptes sur leurs fournisseurs (critères RSE et carbone).
  • Accès au financement conditionné de plus en plus à des engagements “verts”.

En parallèle, l’État français et l’Union européenne ont mis en place une série d’aides et de dispositifs pour accompagner la décarbonation des TPE/PME : prêts verts Bpifrance, Certificats d’Économie d’Énergie (CEE), subventions régionales, MaPrimeRénov’ pour les bâtiments, dispositifs Ademe, etc.

Autrement dit : la transition énergétique crée à la fois de nouveaux coûts, de nouveaux risques… mais aussi de nouveaux financements et de nouveaux marchés.

À retenir : ignorer le sujet revient à subir la hausse des coûts et la pression réglementaire, alors qu’une approche proactive permet de capter des aides, de réduire la facture et de se positionner sur des appels d’offres plus exigeants.

Quels impacts économiques directs sur les TPE/PME ?

Les effets les plus visibles pour les petites entreprises se situent sur quatre postes principaux : énergie, bâtiment, flotte et production.

1. Coût de l’énergie (électricité et gaz)

Pour une PME industrielle ou un artisan disposant d’un atelier, l’électricité peut représenter 3 à 10 % du chiffre d’affaires. Pour certains secteurs (froid, agroalimentaire, plasturgie, métallurgie), ce ratio peut monter à 15 %.

Les impacts économiques concrets :

  • Marge fragilisée : une hausse de 20 % de la facture énergétique peut annihiler 1 à 2 points de marge nette sur certains modèles.
  • Contrats d’énergie plus techniques à négocier : puissance souscrite, heures pleines/heures creuses, options de flexibilité.
  • Risque de dépendance : exposition forte à un seul type d’énergie (gaz ou électricité) ou à des process très consommateurs.

2. Immobilier et locaux professionnels

Les bâtiments tertiaires de plus de 1 000 m² sont soumis au décret tertiaire, qui impose des réductions progressives de consommation d’énergie d’ici 2050. Même en dessous de ce seuil, la logique est la même : rénovation énergétique, isolation, chauffage, climatisation.

Impacts économiques :

  • Nécessité d’investissements lourds (isolation, fenêtres, PAC, LED, GTB).
  • Risque de décote des locaux énergivores en cas de revente ou de relocation.
  • Réduction possible de 20 à 40 % de la facture énergétique sur 5 à 10 ans pour les bâtiments rénovés.

3. Flotte de véhicules et logistique

Avec les Zones à Faibles Émissions (ZFE) dans les grandes agglomérations, de nombreux véhicules utilitaires et poids lourds thermiques seront progressivement restreints.

  • Renouvellement accéléré des flottes (utilitaires électriques, hybrides, GNV, HVO).
  • Hausse du coût d’acquisition des véhicules… mais baisse du coût d’usage (carburant + maintenance) sur la durée.
  • Possibles surcoûts logistiques si l’entreprise ne peut plus accéder à certains centres-villes avec ses véhicules actuels.

4. Process de production et équipements

Dans l’industrie et l’artisanat productif, la transition énergétique touche les machines, les fours, les systèmes de chauffage de process, l’air comprimé, la vapeur…

  • Renouvellement ou modernisation d’équipements pour les rendre moins énergivores.
  • Investissement dans des systèmes de récupération de chaleur fatale.
  • Intégration de systèmes de pilotage et de mesure (compteurs, capteurs, supervision).

Effet global : à court terme, la transition peut peser sur la trésorerie (CAPEX, études, audits). À moyen terme, les gains sur la facture énergétique, la réduction des risques réglementaires et la capacité à gagner des marchés compensent largement ces efforts… à condition de prioriser intelligemment.

De nouvelles contraintes… mais aussi de nouveaux marchés

La transition énergétique ne se limite pas à une logique défensive de “réduction de facture”. Elle crée aussi une demande massive sur un ensemble de métiers et de services, sur lesquels des TPE/PME peuvent se positionner ou se diversifier.

Secteurs directement portés par la transition énergétique

  • Bâtiment et travaux publics : isolation, rénovation énergétique, étanchéité, menuiserie performante, ventilation.
  • Énergies renouvelables : installation photovoltaïque, solaire thermique, biomasse, réseaux de chaleur.
  • Ingénierie et conseil : audits énergétiques, AMO, suivi de consommation, systèmes de management de l’énergie.
  • Mobilité : bornes de recharge, conversion de flotte, services d’autopartage, logistique urbaine décarbonée.
  • Numérique et data : logiciels de pilotage énergétique, IoT, plateformes de suivi de performance.

Selon l’Ademe, la transition écologique pourrait générer plus de 300 000 emplois en France d’ici 2030, dont une majorité dans des entreprises de taille petite ou moyenne.

Effets indirects pour les autres secteurs

Même si vous ne travaillez pas dans l’énergie, vos clients, eux, sont impactés. Cela ouvre de nouveaux positionnements :

  • Proposer des produits à plus faible empreinte carbone pour rassurer des donneurs d’ordres exposés à des obligations de reporting extra-financier.
  • Intégrer des services d’optimisation (maintenance améliorant le rendement énergétique, packaging allégé, logistique optimisée).
  • Se différencier sur des appels d’offres qui intègrent des critères environnementaux pondérés à 10–30 % de la note finale.

À retenir : la transition énergétique n’est pas seulement un poste de coûts à réduire, c’est aussi un angle de différenciation commerciale et un axe de diversification métier.

Financement : un coût ou une opportunité pour les PME ?

La dimension financière est souvent le principal frein évoqué par les dirigeants : “On sait qu’il faudrait faire quelque chose, mais on ne peut pas immobiliser de trésorerie”. C’est précisément là que la transition énergétique est en train de transformer les pratiques de financement.

Trois grandes tendances à intégrer

  • Les banques et Bpifrance proposent de plus en plus de prêts “verts” avec des conditions favorables (taux, durée, différés).
  • Les subventions, primes et CEE peuvent prendre en charge une partie significative des investissements (parfois 20 à 50 % des coûts).
  • Les financeurs intègrent le risque énergétique et climatique dans leur analyse du dossier : ne rien faire peut devenir pénalisant.

Exemple concret : une PME de 30 salariés, industrielle légère, avec 60 000 € de facture électrique annuelle, investit 120 000 € dans un package “photovoltaïque en autoconsommation + LED + optimisation tarifaire”.

  • Aides et CEE : 40 000 €.
  • Reste à charge : 80 000 €.
  • Économie annuelle estimée : 25 000 €.
  • Temps de retour brut : un peu plus de 3 ans.

En intégrant un prêt sur 7 ans, la mensualité peut être calibrée pour que l’économie générée couvre tout ou partie du remboursement. L’opération devient neutre ou légèrement positive pour la trésorerie dès la première année, tout en réduisant l’exposition de l’entreprise aux hausses de prix de l’énergie.

Bon réflexe : aborder la transition énergétique comme un investissement productif avec un ROI, et non comme un “coût RSE”.

Pression des clients et des donneurs d’ordres : un nouveau critère de sélection

Un autre impact économique souvent sous-estimé : la transition énergétique modifie les critères d’achat des grands groupes, des collectivités et même de certaines ETI ou PME structurées.

On observe :

  • Des grilles de notation fournisseurs intégrant des critères d’empreinte carbone, d’audits énergétiques, de plans de réduction.
  • Des obligations de fournir des données (bilan GES, bilan énergétique, labels, certifications).
  • Des appels d’offres où la performance environnementale pèse jusqu’à 30 % de la note.

Pour une petite entreprise sous-traitante, le risque est clair : ne pas être prête le jour où un client important bascule sur ces nouvelles exigences.

À l’inverse, les PME qui anticipent :

  • Répondent plus facilement à ces appels d’offres.
  • Peuvent se positionner comme “fournisseur de référence” sur des gammes bas carbone.
  • Renforcent leur relation avec leurs donneurs d’ordres en parlant le même langage et en contribuant à leurs objectifs de décarbonation.

On entre dans une logique de chaîne de valeur : la transition énergétique d’un grand donneur d’ordres entraîne automatiquement ses fournisseurs, puis les fournisseurs de ses fournisseurs, etc. Les TPE/PME les plus agiles ont un vrai coup à jouer.

Organisation interne : quels impacts sur le management et les process ?

Sur le terrain, la transition énergétique ne se traduit pas seulement par des équipements neufs : elle modifie aussi les façons de travailler.

Impacts principaux :

  • Besoin de compétences nouvelles (énergie, data, réglementation), souvent en complément des équipes existantes.
  • Implication des collaborateurs dans la chasse aux kWh et aux gaspillages matériels.
  • Standardisation de nouveaux indicateurs de performance (kWh/unité produite, kWh/m², émissions CO₂ par commande livrée).

Les TPE/PME qui réussissent leur virage énergétique ont souvent en commun :

  • Un référent interne clairement identifié (pas forcément un “expert énergie”, mais quelqu’un qui pilote le sujet).
  • Des actions simples au départ, visibles et mesurables (éclairage, consignes de température, fuites d’air comprimé, planning machines).
  • Un outillage minimal : quelques compteurs, un tableau de bord simple, des revues régulières.

On est loin d’un “big bang” organisationnel. L’enjeu est surtout de structurer le sujet comme un projet business, avec des objectifs chiffrés, un pilotage et des arbitrages clairs.

Mini cas pratiques : comment certaines PME tirent parti de la transition

Cas 1 – PME de menuiserie (35 salariés, Grand Ouest)

  • Problème initial : facture énergétique en hausse de 40 % en deux ans, bâtiments anciens, atelier très énergivore.
  • Actions menées : audit énergétique, remplacement de l’éclairage par des LED, isolation partielle, optimisation des compresseurs d’air, récupération de chaleur sur l’aspiration des copeaux.
  • Résultat : –28 % sur la consommation d’électricité, investissement amorti en 3,5 ans, et un argument commercial renforcé auprès de promoteurs immobiliers sensibles à l’empreinte carbone.

Cas 2 – TPE de transport urbain (12 véhicules, métropole ZFE)

  • Problème initial : risque de ne plus pouvoir entrer en centre-ville avec une partie de la flotte dès la mise en place de la ZFE.
  • Actions menées : plan de renouvellement progressif de la flotte vers des utilitaires électriques, installation de bornes sur le dépôt, optimisation des tournées.
  • Résultat : maintien des principaux contrats, obtention de nouveaux marchés publics valorisant la mobilité décarbonée, baisse du coût de carburant à moyen terme malgré des loyers de véhicules plus élevés.

Cas 3 – PME sous-traitante industrielle (50 salariés, région Auvergne-Rhône-Alpes)

  • Problème initial : appel d’offres perdu auprès d’un grand donneur d’ordres, motif principal : manque de visibilité sur l’empreinte carbone.
  • Actions menées : réalisation d’un bilan GES simplifié, mise en place d’un plan de réduction sur l’énergie et les déchets, intégration d’indicateurs RSE dans les offres commerciales.
  • Résultat : réintégration dans le panel fournisseurs, signature de nouveaux contrats en se positionnant comme partenaire “bas carbone”.

Plan d’action en 6 étapes pour une TPE/PME

Pour passer de la théorie à la pratique, voici une feuille de route simple, adaptée aux petites structures.

Étape 1 – Faire un diagnostic rapide

  • Analyser 12 à 24 mois de factures d’énergie (électricité, gaz, carburants).
  • Identifier les postes les plus consommateurs : bâtiment, process, flotte, informatique.
  • Repérer les “évidences” : éclairage obsolète, bâtiments mal isolés, machines anciennes, utilisation des véhicules.

Étape 2 – Prioriser les gains rapides

  • Traquer les actions avec retour sur investissement inférieur à 3 ans (éclairage, réglages, fuites, optimisation contrats).
  • Mettre en place des indicateurs simples (consommation mensuelle, kWh/m² ou kWh par lot).
  • Associer les équipes à l’identification des gaspillages.

Étape 3 – Regarder le bâtiment et la flotte avec un horizon 5–10 ans

  • Évaluer l’état des locaux et des véhicules au regard des réglementations qui arrivent (décret tertiaire, ZFE).
  • Planifier les gros investissements dans le temps au lieu de subir des urgences.
  • Étudier les opportunités de photovoltaïque en autoconsommation, de rénovation par étapes, de renouvellement progressif de la flotte.

Étape 4 – Identifier les aides et financements

  • Consulter les dispositifs Bpifrance, Ademe, région, CEE, chambres de commerce.
  • Comparer plusieurs montages : subvention + prêt, tiers-financement, leasing, contrats de performance énergétique.
  • Intégrer les aides dans le calcul de ROI pour prioriser les projets.

Étape 5 – Intégrer la dimension énergétique dans votre offre commerciale

  • Mettre en avant, quand c’est pertinent, vos réductions de consommation et d’émissions.
  • Préparer des réponses standardisées aux questions RSE/énergie des appels d’offres.
  • Développer, si possible, une offre ou une variante “bas carbone” de vos produits ou services.

Étape 6 – Installer un pilotage régulier

  • Désigner un référent interne et lui dégager un minimum de temps.
  • Suivre un tableau de bord limité à quelques indicateurs clés.
  • Réviser vos objectifs tous les ans : nouvelles réglementations, nouvelles aides, nouveaux besoins clients.

À retenir : il n’est pas nécessaire de tout faire en même temps. L’important est d’avoir une trajectoire cohérente, chiffrée, qui limite les risques et maximise les gains économiques à chaque étape.

La transition énergétique n’est ni une mode, ni un sujet réservé aux grandes entreprises. Pour une TPE ou une PME française, c’est avant tout un sujet de compétitivité : maîtriser ses coûts, sécuriser ses marchés, accéder plus facilement au financement et, pour celles qui sauront se positionner, ouvrir de nouveaux relais de croissance.